Appel à contributions

Paramètres des langues mises en scène (PLS 8) :

Formes, fonctions et dynamiques multimodales

Colloque international

Jeudi 21 mai & Vendredi 22 mai 2026

@ Université Paris Nanterre (bâtiment Max Weber)

Avec le soutien du

CREA (Centre de Recherches Anglophones), Université Paris Nanterre

Conférencier·ère·s invité·es

Andreas H. Jucker (Université de Zurich, Suisse) 

Cette conférence s’inscrit dans une série de manifestations scientifiques, organisées par l'équipe de recherche GReMLIN de l'Université Paris Nanterre, qui vise à faire avancer la réflexion sur les paramètres de la (re)construction du sens, conçue comme une activité dynamique et indissociable de son contexte, impliquant de multiples niveaux de la structure linguistique – morphosyntaxe, phonologie, prosodie, gestuelle, sémantique et pragmatique.

 

Cette 8ème édition se concentre sur la mise en scène du discours et les formes et fonctions du discours mis en scène, et souhaite mettre en avant les données parlées/multimodales.

 

En s’appuyant sur les travaux de Bauman (1992), Coupland (2007) et Bell & Gibson (2011), le discours mis en scène peut être défini comme un discours produit dans le cadre d'une performance orale/multimodale qui est (partiellement) planifiée et/ou scénarisée, délibérément mise en scène devant un public, et caractérisée par des dimensions incarnées, interactives et expressives. Le discours mis en scène peut poursuivre différents objectifs, souvent cumulables, qui peuvent être informatifs, argumentatifs, persuasifs, artistiques, stylistiques ou esthétiques, entre autres. Les types de discours mis en scène incluent notamment :

  • Dialogue fictionnel contemporain (films, séries télévisées, théâtre)
  • Discours comique ou, plus généralement, de divertissement, tel que le stand-up et les émissions de variété (téléréalité, « edutainment », etc.)
  • Discours politique
  • Plaidoirie juridique
  • Discours publicitaire sur les réseaux sociaux et à la télévision/radio
  • Discours journalistique sur les réseaux sociaux et à la télévision/radio
  • Discours académique oral et ses formes vulgarisées (cours, conférences, exposés de type TED-talks, etc.)
  • Discours performé dans des contextes d'enseignement et d'apprentissage des langues étrangères (saynètes, jeux de rôle, présentations orales, routines, discours performé par l'enseignant, mise en scène du processus d'apprentissage à des fins didactiques, mise en scène de soi par l'enseignant, etc.)
  • Prédication religieuse (sermons)
  • Voix chantée (par opposition à la voix parlée)
  • Slam

Un certain nombre d’enjeux et de questions de recherche peuvent être explorés à travers différents types de discours mis en scène, que ce soit dans des études se concentrant sur un seul type de discours ou dans une perspective comparatiste :

  • Comment les ressources linguistiques propres à différents niveaux, telles que la syntaxe, le lexique, la phonologie, la prosodie et la gestuelle, interagissent-elles dans la création du sens et des relations interpersonnelles au sein du discours mis en scène ?
  • Comment des objectifs de communication multiples et parfois contradictoires sont-ils négociés et réalisés par le biais du langage dans le discours mis en scène ?
  • Comment les locuteurs et leurs publics co-construisent-ils le discours mis en scène, et comment la conception des discours performés influence-t-elle l'interaction, la réception et la perception de ces discours (Bell 1984 ; Montini & Ranzato 2021) ?
  • Comment les locuteurs trouvent-ils l’équilibre entre naturel et orchestration du discours, et en quoi le discours mis en scène diffère-t-il de l'interaction orale spontanée en termes d’usage, de formes et/ou de fonctions (Bednarek 2010, 2018 ; Bublitz 2017 ; Jucker 2021) ?
  • Quel rôle joue le script dans le discours mis en scène, et dans quelle mesure les locuteurs s'appuient-ils sur, interprètent-ils ou adaptent-ils le matériel scénarisé lors d’une interaction (Duffy & Winchell 1989 ; Schlesinger 2008) ?
  • Comment les performances mises en scène sont-elles évaluées comme des réussites ou des échecs, et quels sont les paramètres (internes et externes à la langue) qui influencent ces jugements dans différents contextes ?

D'autres questions peuvent concerner plus spécifiquement des types particuliers de discours mis en scène. Le dialogue fictionnel contemporain et le discours de divertissement, par exemple, peuvent être étudiés à l’aune d’enjeux sociolinguistiques, tels que la stéréotypisation potentielle de certaines identités à travers la mise en scène – comme la caricature de certaines communautés et de certains groupes sociaux (Clark 2019). La métaréflexion sur le langage combinée à l'humour (comme dans la parodie par exemple) soulève également des questions importantes dans la mesure où la mise en abyme du discours mis en scène peut renforcer ou au contraire dénoncer et remettre en cause les stéréotypes (Coupland 2007). Une autre perspective de recherche a trait à la promotion de la diversité linguistique et à la transmission du patrimoine et de l'identité culturels par le biais de productions artistiques ou audiovisuelles (voir Bednarek & Syron 2022 pour le cas particulier du lexique de l'anglais aborigène australien).

 

En ce qui concerne le discours politique, mais aussi académique et informatif, un phénomène digne d’intérêt est la « conversationnalisation » et l'informalisation du discours, soit l’adoption grandissante par les locuteurs de caractéristiques interactionnelles et de styles familiers issus de la conversation quotidienne, dans une recherche d'authenticité et de proximité avec leur public (Clayman & Heritage 2002 ; Fairclough 2003 ; Fetzer & Weizman 2006). Un deuxième aspect clé concerne la théâtralisation de la politique, à la fois dans ses formes contemporaines et au fil du temps. Cela inclut la transformation des acteurs politiques en professionnels du divertissement (Schütz 1995 ; Loeb 2017), en particulier dans les pays anglophones où l'on attend de plus en plus de ces acteurs politiques qu’ils fassent preuve de charisme et d'humour afin de séduire des publics diversifiés. Ces changements soulèvent des questions quant au mélange des fonctions politiques et du divertissement et à l'évolution des normes d'authenticité, d'autorité, de crédibilité et de persuasion dans la sphère publique (Hall et al. 2016).

 

Pour ce qui est du discours en langue étrangère (LE) et/ou en langue seconde (LS), les succès et les défis du discours mis en scène en classe (par exemple via les jeux de rôle, les saynètes et les exposés) méritent d'être examinés de plus près. En effet, on peut se demander si et dans quelle mesure ces activités contribuent à améliorer les compétences communicationnelles des apprenants de LE/LS (Stinson & Winston 2011 ; Belliveau & Kim 2013). Des questions se posent également quant à la manière dont les enseignants construisent leur ethos en classe, sur les routines qui sous-tendent leurs performances, les objectifs didactiques qui les motivent et sur la manière dont ces routines façonnent l'interaction avec les apprenants (Heller & Grøver 2022 ; Nesi 2023). Un autre domaine important concerne la gestion de l'insécurité linguistique en classe (Horwitz et al. 1986), tant du côté des apprenants que des enseignants, en particulier ceux qui sont spécialistes d’autres disciplines mais enseignent leur matière en anglais (EMILE) ou dans d'autres langues (Dalton-Puffer 2009 ; Dalton-Puffer & Bauer-Marschallinger 2023 ; Lee et al. 2023). Quelles sont les caractéristiques linguistiques qui trahissent cette insécurité et quelles sont les stratégies mises en place par les apprenants et les enseignants pour la surmonter ? Cette insécurité, ou au contraire cette confiance (excessive) en ses compétences linguistiques, peut également être étudiée en dehors de la salle de classe. Par exemple, l’étude des  locuteurs qui utilisent l'anglais comme langue mondialisée (Crystal 2003) à des fins diverses dans le contexte de la communication internationale peut mettre en lumière les dynamiques de pouvoir linguistique différentielles et les statuts linguistiques contrastés des locuteurs (on peut citer, à titre d’ exemple, l'affrontement Trump-Zelensky dans le bureau ovale de la Maison Blanche).

 

Enfin, cette manifestation scientifique offre également l’opportunité de caractériser et d'analyser des types de discours mis en scène peu explorés, tels que la prédication religieuse (sur GOD TV, par exemple), la poésie slammée (Vorger 2011) et la voix chantée par rapport à la voix parlée, en particulier dans une perspective phonostylistique et sociolinguistique (Trudgill 1983). L'analyse de ces genres de discours peut offrir des perspectives uniques sur la façon dont les locuteurs construisent leur identité, instaurent la relation avec le public et négocient les normes sociales par le biais du langage dans des contextes de performance qui brouillent les frontières entre communication et rituel ou pratique artistique.

 

Les travaux issus de divers cadres théoriques et méthodologiques sont les bienvenus, notamment en pragmatique, analyse du discours, sociolinguistique, analyse multimodale, linguistique interactionnelle et enseignement et apprentissage des langues étrangères ou langues secondes. Bien que l'expertise principale du GReMLIN se situe dans le domaine de l'anglistique, nous invitons également les auteurs d’études portant sur d'autres langues, qui peuvent ou non adopter une perspective comparative, à transmettre leurs propositions. Nous encourageons particulièrement les recherches fondées sur des données de corpus qui peuvent fournir des informations empiriques précieuses sur les caractéristiques et les fonctions du discours mis en scène dans différents contextes.

 

Bibliographie indicative

Bauman, R. (1992). Performance. In Bauman, R. (Ed.), Folklore, Cultural Performances, and Popular Entertainments. NewYork/Oxford: Oxford University Press. 41-49.

Bednarek, M. (2010). The Language of Fictional Television: Drama and Identity. UK: Bloomsbury Academic. 

Bednarek, M. (2018). Language and Television series: a linguistic approach to TV dialogue. Cambridge: Cambridge University Press.

Bednarek, M., & Syron, L.-M. (2022). Functions of dialogue in (television) drama: A case study of Indigenous-authored television narratives. Language and Literature, 32(1), 3-27.

Belliveau, G., & Kim, W. (2013). Drama in L2 learning: A research synthesis. Scenario: A Journal for Performative Teaching, Learning, Research VII(2). 7-27.

Bell, A. (1984). Style as Audience Design. Language in Society 13. 145-204.

Bell, A. & Gibson, A. (2011). Staging Language: An Introduction to the Sociolinguistics of Performance. Journal of Sociolinguistics 15(5). 555-572.

Bublitz, W. (2017). Oral features in fiction. In Locher, M., & A.H. Jucker (Eds.), Pragmatics of Fiction, Berlin/Boston: De Gruyter Mouton. 235-264.

Clark, U. (2019). Staging language: Place and identity in the enactment, performance and representation of regional dialects. Berlin: De Gruyter Mouton.

Clayman, S., & Heritage, H. (2002). The News Interview: Journalists and Public Figures on the Air. Cambridge: Cambridge University Press.

Coupland, N. (2007). Style: Language Variation and Identity. Cambridge: Cambridge University Press.

Crystal, D. (2003). English as a Global Language. Second edition. Cambridge: Cambridge University Press.

Dalton-Puffer, C. (2009). Communicative Competence and the CLIL Lesson. In Ruiz de Zarobe, Y., & R. Jiménez Catalán (Ed.), Content and Language Integrated Learning: Evidence from Research in Europe. Bristol: Multilingual Matters. 197-214.

Dalton-Puffer, C., & Bauer-Marschallinger, S. (2023). L2 proficiency and development in CLIL. In Lasagabaster, D., A. Doiz, & J. M. Sierra (Eds.), The Routledge handbook of content and language integrated Learning. Routledge. 112-126.  

Duffy, B. K., & Winchell, M. R. (1989). “Speak the speech, I pray you.” The practice and perils of literary and oratorical ghostwriting. Southern Communication Journal 55(1). 102-115.

Fairclough, N. (2003). Conversationalization of public discourse and the authority of the consumer. In Abercrombie, N., R. Keat & N. Whiteley (Eds.), The Authority of the Consumer. London: Routledge. 245-259.

Fetzer, A., & Weizman, E. (2006). Political discourse as mediated and public discourse. Journal of Pragmatics 38(2). 143-153.

Hall, K., Goldstein, D. M., & Ingram, M. B. (2016). The hands of Donald Trump: Entertainment, gesture, spectacle. HAU: journal of ethnographic theory 6(2). 71-100.

Heller, M. C., & Grøver, V. (2022). Teachers’ instructional talk in a partly scripted language intervention targeting young second-language learners: developments over time. International Journal of Early Years Education 30:2. 322-338.

Horwitz, E. K., Horwitz, M. B., & Cope, J. (1986). Foreign language classroom anxiety. The Modern language journal70(2). 125-132.  

Jucker, A.H. (2021). “Features of orality in the language of fiction: A corpus-based investigation”, Language and Literature 30(4). 341-360.

Lee, J. H., Lee, H., & Lo, Y. Y. (2023). Effects of EMI-CLIL on secondary-level students’ English learning: A multilevel meta-analysis. Studies in Second Language Learning and Teaching, 13(2), 317-345.

Loeb, L. (2017). Politicians on celebrity talk shows. Discourse, context & media 20. 146-156.

Montini, D., & Ranzato, I. (Eds.). (2021). The Dialects of British English in Fictional Texts (1st ed.). New York: Routledge.  

Nesi, H. (2023). Lecture Discourse and the Study of Languages for Specific Academic Purposes: What Makes a Good Model Text? Recherche et pratiques pédagogiques en langues 42(2). URL : http://journals.openedition.org/apliut/10834

Schlesinger, R. (2008). White House Ghosts : Presidents and Their Speechwriters. 1st Simon & Schuster hardcover edition. New York/London: Simon & Schuster.

Schütz, A. (1995). Entertainers, experts, or public servants? Politicians’ self‐presentation on television talk shows. Political Communication 12(2). 211-221.

Stinson, M., & Winston, J. (2011). Drama education and second language learning: a growing field of practice and research. Research in Drama Education: The Journal of Applied Theatre and Performance. 16(4). 479-488.

Trudgill, P. (1983). Acts of conflicting identity: The sociolinguistics of British pop-song pronunciation. In P. Trudgill (Ed.), On dialect: Social and geographical perspectives. Oxford: Blackwell. 141-160.

Vorger, C. (2011). Poétique du slam : de la scène à l'école : néologie, néostyles et créativité lexicale (Doctoral dissertation, Université Grenoble Alpes). TEL - Thèses en ligne. 

 

Instructions de dépôt

Nous vous invitons à soumettre vos propositions de présentations orales à l'adresse pls8.sciencesconf.org (cette page), ce qui signifie que vous devrez utiliser votre compte, ou bien créer un compte si vous n'en avez pas, afin de pouvoir soumettre votre résumé en ligne.  

Les langues officielles du colloque sont l'anglais et le français.  

Durée des présentations orales: 20 minutes + 10 minutes de questions.  

Les résumés ne doivent pas dépasser 1 page A4 avec la possibilité d'une page supplémentaire pour les références, les tableaux, et les figures. Merci d'utiliser le modèle mis à disposition et d'anonymer toute référence permettant d'identifier les auteur(s)/autrice(s).

Dates importantes

Date-butoir de soumission: 3 octobre 2025

Notification d'acceptation: 17 novembre 2025  

Scientific Committee

Maria Candea, Université Sorbonne Nouvelle, France

Hugo Chatellier, Université Paris Nanterre, France

Catherine Chauvin, Université de Lorraine, France

Romain Delhem, Université Paris Nanterre, France

Isabelle Gaudy-Campbell, Université de Lorraine, France

Laura Goudet, Université de Rouen, France

Nadine Herry-Bénit, Université Paris Nanterre, France

Bérangère Lafiandra, Université Paris Nanterre, France

Agnès Leroux, Université Paris Nanterre, France

Martine Sekali, Université Paris Nanterre, France

Adam Wilson, Université de Lorraine, France

 

Organization committee 

Olivier Divin 

Pascale Manoïlov 

Sophie Raineri  

Cécile Viollain   

& l’équipe du GReMLIN 

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